F. Notari and F. Blumentritt present a conference: Issues with the geographical origin — Poil, Summer 2026
Conférence

F. Notari et F. Blumentritt présentent une conférence : Issues with the geographical origin, Poil d'été 2026

 

 

 

Le monde est vaste, les gemmes sont petites.

C'est par cette phrase, presque une maxime, que Franck Notari et Féodor Blumentritt ont ouvert leur intervention lors de la dernière rencontre de gemmologie à Poil, consacrée à l'un des sujets les plus glissants de la profession : la détermination de l'origine géographique des pierres de couleur, illustrée par le cas emblématique du saphir du Cachemire.

Le postulat de départ est presque provocateur, puisqu'il vient de l'intérieur même de la discipline. Richard T. Liddicoat, figure historique du GIA, écrivait déjà en 1990 être personnellement convaincu que la détermination d'origine géographique des pierres de couleur induit le public en erreur et impose une différence de prix artificielle. Un aveu rare, venant d'un homme qui a passé cinquante ans à structurer scientifiquement la gemmologie.

Liddicoat R.T. 

Et pour cause : deux saphirs nés à des milliers de kilomètres l'un de l'autre — Cachemire, Mogok, Pailin, Andranondambo, Buttala, Elahera — peuvent partager presque tout. Chimie proche, spectres UV-Vis-NIR quasi identiques, inclusions similaires, même couleur. La nature ne trie pas ses cristaux par pays ; elle les distribue selon des courbes statistiques qui se chevauchent largement. Les 14 000 échantillons collectés sur le terrain à Soomjam en 1986 racontent moins une identité qu'une population, avec toute la variabilité que cela suppose, du gisement à l'échantillon, sans oublier l'impact des traitements.

Alors comment fait-on ? Par recoupement : observation microscopique, structure des inclusions, composition chimique, couleur — une approche multianalyse qui permet, au mieux, de proposer une origine probable, jamais une certitude absolue.

Reste le dilemme du marché, que Franck et Féodor ont laissé en suspens à la fin de leur exposé, citant cette fois S. F. McClure, T. M. Moses et J. E. Shigley (2019) : le bateau a déjà quitté le port. Trop de pierres ont été vendues sur la base de leur origine pour que l'industrie fasse marche arrière. Le système s'est imposé, que la logique scientifique suive ou non.

GGTL Laboratories poursuit ainsi ce travail d'équilibriste : rester rigoureusement honnête sur les limites de la science, tout en répondant à une demande du marché qui, elle, ne recule pas.